Brésil :

En 1995, était créé le groupe mobile d’intervention, destiné à enquêter spécialement, sur l’esclavage.

Recrutés dans d’autres États du Brésil, ces inspecteurs accompagnés de policiers fédéraux, interviennent chaque fois qu’un cas d’esclavage est dénoncé, mais Binka le Breton, qui les a accompagné dans leurs missions, en est revenue très sceptique sur leur efficacité.

En butte à l’hostilité générale de la population, qui prévient de leur arrivée grâce à un bouche-à-oreille, plus rapide qu’un téléphone portable, et soumis à tous les traquenards et tentatives de meurtre, de la part des grands propriétaires, ils arrivent en général trop tard.

Comme les “matous” ont fait décamper les travailleurs, il est impossible de recueillir leur témoignage, et encore moins de les aider à quitter la plantation.

D’autre part, ces commandos coup de poing, n’ont aucun moyen de répression.

Parfois, la chance aidant, ils parviennent à confondre les coupables, à négocier les retards de salaires (et encore pas toujours), à libérer ceux qui ne veulent pas rester sur la propriété et à saisir les tribunaux.

Dans le meilleur des cas, les coupables acceptent leur arbitrage, mais, dès qu’ils ont tourné le dos, tout recommence.

Les menaces de mort se multiplient contre tous ceux qui prennent les défenses des victimes de l’esclavage et le problème, devenu strictement politique, laisse désormais face à face les tenants de la légalité, et ceux de la violence.

Compte tenu de la brutalité généralisée dans ce pays, où la rue se transforme parfois en champs de tir, et où tout se noie dans l’immensité d’espaces impénétrables et incontrôlés, il semble bien que la solution relève d’une globalisation mondiale, et que dans l’urgence, elle demande localement, l’emploi de forces obéissant à une réelle volonté démocratique et soutenues par une opinion publique déterminée.

Ce ne semble pas encore être le cas, en dépit des affirmations du président Lula, qui déclare révolu le temps où “les personnes impliquées savaient qu’elles pouvaient corrompre l’inspecteur.

Elles savaient qu’à un certain moment, il y aurait toujours un maire, un conseiller municipal ou un député pour téléphoner à l’instance supérieure, et pour demander que l’inspecteur cesse de créer des problèmes.

Et si cela ne marchait pas, il restait encore une solution […], quelques balles bien placées”, Audrey Crespo-Mara, journaliste de LCI.

 

  État de Para :

Le 1er janvier 2005 à Anapu, dans l’État de Para, Dorothy Stang, une religieuse américaine naturalisée brésilienne, tombait encore sous les balles des pesteirilos en rentrant d’une réunion de paysans sans terre, dont elle avait pris la défense.

Et le représentant des grands propriétaires pouvait déclarer publiquement, sans craindre aucune réaction des autorités : “Elle est responsable de sa propre mort.

Elle s’est attirée à la haine en incitant les paysans sans terre, à envahir d’innombrables propriétés.”

Dans ce même État de Para, on connaît au moins cinq cas de personnes condamnées, par les tribunaux pour de semblables assassinats qui courent toujours, soit qu’une interminable suite d’appels noie indéfiniment l’affaire dans la poussière des dossiers, soit que des complices les aient arrachés de prisons trop perméables, soit encore que des remises de peine transforment la prison en résidence surveillée.

Pour cela, on trouve toujours le plus légalement du monde une bonne raison de santé.

Cependant, ajoute, la talentueuse journaliste française “Audrey Crespo-Mara”, bien que faiblement, les choses commencent à bouger et tout espoir n’est pas perdu !